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Transition
entre la lumière et l'ombre
OSCAR BARNEY FINN
Buenos Aires, le 15 juin 2004
Il y a quelques années, quand j’ai
connu Cristina la poésie était déjà présente
dans cette rencontre.
Elle arrivait du lointain après-midi provincial en chevauchant
un monde de changements et de stridences mais en communion avec cet éclat
en silence, la poésie.
C’était des années de découvertes, d’esthétiques,
de rêves. L’écoulement du temps n’avait guère
d’importance et l’anxiété pour la connaissance
volatilisait les limites de la nuit et du jour.
Elle devait grandir et acquérir d’énormes ailes pour
survoler le désert, pour faire de la poésie une vision de
l’univers et le découvrir avec des yeux d’enfants.
La ville nous a perdu et retrouvé autant de fois qu’elle
l’a voulu.
Elle a essayé de se montrer dans des maisons d’édition,
des émissions télévisuelles qui ont accru le besoin
de puiser, au fond de son silence, les mots révélateurs.
Ceux qui ont fait dire à Ungaretti : « Quand je trouve au
fond de mon silence un mot, c’est comme si un abîme s’ouvrait
dans ma vie ».
Mais avec elle, les mots nous mènent à des torrents et des
ouragans qui nous entraînent inévitablement vers la beauté,
l’amour et l’humanité.
Desnos, Couperin, Redon, Kavafis, sont des petites balises dans une mer
profonde et sonore où l’on peut se submerger sans crainte
de frôler les côtes obscures. Celles qu’on évoque
quelques nuits d’une terrasse avec des airs de « fiano romano
», ou à Noël et aux anniversaires entourés d’amis.
Souvenirs qui nous ont fait pressentir des lendemains meilleurs que les
vents de colère semblent les éloigner pour toujours, nous
expulsant d’une terre connue à l’incertitude.
Aujourd’hui, le regard de Cristina se nourrit de profondeur avec
la beauté mais aussi avec les frémissements d’une
humanité chaotique et injuste.
Elle cherche autour de soi les moments de transition entre la lumière
et l’ombre, ou dans le passage d’une couleur à l’autre,
en sollicitant la mémoire pour nous assurer l’intégrité
de notre être.
En présentant « Soif », Cristina Castello sait qu’il
n’existe rien de plus proche au mystère que la poésie
et en elle il y a une musique profonde et secrète qui tisse des
idées, des mots et des images, cherchant la vibration sœur
pour se reproduire dans un jeu d’infinis miroirs.
Avec un souffle différent, exquise et profonde réflexion
sur le destin de l’homme et de la vie. On voit son talent et une
sensibilité aiguë vers un monde qui se désintègre
écrasé par l’injustice, où l’amour s’écoule
dans des chambres vides.
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